Céramique de Fès

Céramique de Fès

Dès l’aube de sa fondation aux tous débuts du IX’ siècle, la ville de Fès a su réaliser une fusion dynamique entre Orient et Occident musulmans. Les principaux relais de cette heureuse synthèse ont pour noms Kairaouan et Cordoue. Marques que l’on retrouve, encore vivaces dans ses deux rives abritant chacune un prestigieux monument; la mosquée de la Qaraouiyin et la mosquée des Andalous.
Très tôt ces fonds de population vont pouvoir mettre sur pied … une des cités les plus originales du moyen âge et une capitale dynastique qui survivra jusqu’au début du XX’ siècle. Elle verra naître et fleurir tous ces métiers d’art qui feront d’elle une pépinière artistique sans précédent.Concernant la céramique par exemple, des documents remontant au XIII » siècle attestent l’existence de 180 ateliers de poteries et d’un quartier « vers les murailles ». Mais les vestiges matériels les plus fiables restant des panneaux de faïence architecturale du XIV siècle conservés dans les medersas mérinides et quelques demeures de haute époque.

Si, cet âge d’or n’a pas laissé d’objets mobiliers, les foisonnants XIII » et XIX siècles ont conservé des spécimens dont l’étude a révélé une maître technique et une esthétique originale. Elles se reconnaissent surtout dans leur bipolarité décorative, les céramiques bleues et les céramiques polychromes. Comme la ville Hollandaise de Delft, Fès au Maroc est réputée par le bleu de ses faïences; c’est une teinte bleue tendre, à reflets métalliques, au service de motifs floraux et géométriques s’étalant sur les fonds et courant Sur les rebords des assiettes (ghtar) ou épousant la rondeur des pauses des vases (ghorraf), des jarres (khebta) ou des Soupières (jabbana).

Dés le début du XX siècle, l’archéologue Alfred Bel signale avoir découvert à Fès même des vestiges témoignant d’une technique oubliée qui avait recours à des minerais locaux. Une grande assiette de la collection du Musée Dar-Batha à Fès et datée de 1274 de l’hegire (1858 de J.C) reflète cette teinte bleue et témoigne pour nous de cette tradition décorative aujourd’hui oubliée. Par la suite, les faïenciers utilisaient ce bleu de Cobalt, plus compact, obtenu grâce à une poudre de smalt importée d’Angleterre. Les principales teintes des céramistes Fassis sont, outre les jaunes, les verts et les bleus, des bruns servant à contourner les motifs. Ce brun est un oxyde de fer appelé « Moghnassiya » à la couleur du raisin sec (zbib) et sert aussi à couvrir des petites surfaces et à garnir les rebords des assiettes de hachares. le jaune (dahbi :doré) est une limonite ou hématite brune mélange à de la calcine et de la silice. couvrant des surfaces importantes, il donne aux objets tout leur éclat.

le vert c’est de l’oxyde de cuivre pu lé et moulu à l’eau. Avec le jaune, il parvient à carrati¬ser la structure originelle de la polychromie des céramistes de Fès. Enfin, des points rouges (un minimum appelé « zerqtone ») étaient utilises pour couvrir certains défauts de cuisson ou d’émail. Il est devenu si apprécié qu’il fait aujourd’hui partie intégrante de la polychromie. les formes, utilitaires ou ornementales sont plates ou rondes ou allongées. Parmi les plates, citons ces énormes plats à Couscous appelés « Mokhfiya » ; plus réduites sont les assiettes appelées, selon leur rebord: »ghtar » ou « sahn ».les pichets (ghor¬rat) bouteilles d’eau de fleur d’oranger (Matreb) ou d’huile (betta) et les grandes jarres (khabiya) comptent parmi les formes allongées, et enfin les sou¬pières (jabbana), les bols (zlaja) etc. font partie des formes rondes .

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Bijoux d’hier et d’aujourd’hui

Bijoux d’hier et d’aujourd’hui

les bijoux traditionnels formaient une parure différente selon les régions, tribus et dans. Elle se composait généralement d’un diadème ou frontal, couvrant la tête, de temporaux ou ornements de tresses, de boucles d’oreilles ou anneaux volumineux reliés par une chaînette accrochée au sommet de la tête, de fibules, sortes de broches servant à retenir le drapé, de pectoraux, de bracelets ornant les poignets et les chevilles et de bagues. Il existe deux factures de bijoux: les bijoux ruraux et les bijoux citadins.

Les bijoux ruraux

Les bijoux ruraux sont en général en argent. Les techniques et les décors diffèrent selon les régions du Maroc. La technique la plus courante est le moulage. Le filigrane est surtout l’apanage d’ Essaouira et Tiznit, bien qu’il y ait de moins en moins d’artisans et que le savoir-faire se perde.
Les bijoux sont rehaussés d’émaux, le nielle (ou émail noir) étant également employé. Ils sont aussi agrémentés de corail, cornaline, ambre, pièces de monnaie, corne, etc. Apparemment, seule, la région du Sud, à la frontière mauritanienne, semble avoir gardé presque intactes ses coutumes, tant au niveau de la parure que de la fabrication. Les femmes ont toujours leurs voiles et se servent de bijoux-contrepoids pour les lester, et les artisans fondent toujours l’argent dans des creusets d’argile ou des pierres creusées et utilisent les outils de leurs ancêtres. Seul, le chalumeau à gaz remplace parfois la forge.

Les bijoux citadins

La symbolique du bijou citadin est la même mais l’exécution est en or ou en argent recouvert d’or. La technique est plus élaborée, plus raffinée. Ils étaient l’œuvre d’artisans juifs, regroupés dans les villes de Fès, Meknès, Tétouan ou Tanger, et étaient ornés de cabochons de pierres précieuses (rubis, grenats, émeraudes ou perles). La forme de ces bijoux pouvait faire penser aux bijoux byzantins. On employait surtout des motifs floraux et des arabesques. Parmi les plus somptueux, citons la Lebba, ce fabuleux collier de la mariée.

Curieusement, ce sont les bijoux citadins qui ont le moins souffert de la modernité, et se sont le mieux adaptés. Colliers, bracelets, boucles d’oreilles et bagues ont subi très peu de transformations.

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Le zellige Mariage de la terre et du Soleil

Le zellige Mariage de la terre et du Soleil

Viendra un jour où en examinant nos œuvres, on comprendra que chaque signe est une étoile filante, un bouquet de fleurs, une fable qui conte une fable. L’abstraction est ici un mot qui perd son sens. Mon métier, le zellige est une fête continue. »
Moulay Hafid Alaoui, maître zelligeur, petit fils et arrière petit fils de maîtres zelligeurs. On reste confondu d’admiration en contemplant l’intérieur richement décoré des demeures traditionnelles marocaines. Patios aux murs et colonnes couverts de zelliges multicolores, dont la géométrie laisse le spectateur dans une perpétuelle méditation, le déchiffrage d’une figure provoquant l’apparition d’une nouvelle énigme sans qu’il puisse jamais trouver un commencement ou une fin â ces lignes qui se nouent et se dénouent â l’infini.

Si la maison marocaine tourne vers la rue des façades dépouillées percées de rares fenêtres, elle est â l’intérieur largement ouverte sur un patio à galeries ou un jardin. Faite pour préserver l’intimité, la maison traditionnelle était conçue de l’intérieur. Pour les anciens, l’architecture découlait de la nécessité de construire des surfaces. Les façades et la notion de volumes extérieurs passaient au second plan. Le décordes murs, des sols et des plafonds était donc l’élément le plus important de la construction. C’est là que s’est révélé le génie créateur des , artisans marocains.
Le zellige: délicat mosaïque

L’art du zellige est probablement dérivé de la mosaïque byzantine. Mais le zellige est un produit plus spécifiquement artisanal de par la modestie de son origine et l’habileté dont il faut faire preuve pour le travailler. Il s’agit en fait de carreaux de terre cuite, recouverte d’émail. Ces carreaux sont ensuite taillés manuellement à l’aide de lourds marteaux qui contrastent singulièrement avec la délicatesse des pièces obtenues. Ces pièces assemblées en un puzzle savant composent ensuite un motif qui obéit aux règles traditionnelles «des tracés régulateurs», discipline de tous les arts islamiques.
La pensée musulmane fut dès l’origine de l’Islam, l’héritière directe du savoir antique. Euclide et Pythagore furent parmi les premiers auteurs traduits en arabe. Traductions qui favorisèrent le développement de la géométrie et de la science des nombres al Jabr (algèbre). Les artistes suivant le penchant naturel de l’Islam pour les idées abstraites, respectant l’interdiction de représenter des figures, se révélèrent très tôt d’étonnants créateurs d’art non figuratif.

Les artisans créateurs se réunirent en confréries et tout au long de l’histoire islamique, ils conservèrent jalousement l’hermétisme des codes et la signification du symbole. C’est ainsi que, dans la mosquée de Médine, certains signes connus des seuls initiés marquaient l’emplacement exact où fut construite la Maison du Prophète.
, «Les tracés régulateurs» sont consignés dans des recueils très anciens que les maâlems (maîtres) zelligeurs conservent jalousement avant de les transmettre â leur successeur.

Composé autrefois â partir de carrés magiques, générateurs de multiples combinaisons, l’art du tracé s’est organisé autour de diverses figures : sceau de Salomon ou étoile â huit branches, étoile de David â six branches’ pouvant se dé-doubler â l’envi, polygones, nœuds, tresses, épis, feuilles, amandes … Chaque forme de zellige porte un nom poétique, donné par le maâlem qui l’a créé. Plus de 350 formes traditionnelles sont répertoriées â ce jour.

Des merveilles d’email et de terre

Des merveilles d’email et de terre

L’argile qui entre dans la composition du zellige est extrait sous forme de blocs. Elle est ensuite immergée pendant 24 heures dans la «zouba- (sorte de bassin) où le ajjam (mélangeur) malaxe la terre afin de la rendre homogène. Un gabarit de bois permet de former les carrés qui vont sécher au soleil. «Pas de soleil, pas de zelliges», dit le maâlem Melouki. Et c’est une réalité. Le Maroc a manqué de zelliges -après une période insuffisamment ensoleillée.

Une fois â point, les carrés sont lissés, coupés et remis à sécher totalement au soleil. C’est donc durant l’été que se fabrique le zellige. Les carreaux vont ensuite être cuits une première fois, puis, après avoir été trempés dans la poudre d’émail de différentes couleurs mélangée à de l’eau, ils partent â la deuxième cuisson.
24 heures plus tard, on peut procéder â la taille. Au préalable, l’artisan muni d’un bâtonnet de bambou trempé dans un encrier, trace le contour de la pièce en s’aidant d’un gabarit. Il répartit sur chaque morceau un maximum de tracés.
La taille du zellige est de loin l’opération la plus délicate. Prenant appui sur un petit établi, armé d’un lourd marteau, le zelligeur taille ses pièces en un mouvement régulier. Après avoir été affinées, elles sont réparties dans des couffins selon leur forme et leur couleur et acheminées sur le chantier.

Le maâlem a déjà préparé le terrain. Sur un sol parfaitement lisse, il réalise un échantillon de son motif.
Cette création exécutée à l’endroit (côté émail) va permettre aux poseurs de se guider pour effectuer leur travail.
La pose du zellige s’effectue â l’envers: émail contre terre. travail semble mystérieux et d’habilité rare pour le profane, réalité, il est plus simple qu’on le pense, car chaque motif posède une couleur donnée. La pose s’effectue donc en fonction de chacune des pièces qui, dans l’esp du «ferragh» détermine automatiquement la couleur.
La créativité du maâlem, conduit par fois â des défis techniques tant la taille des zelliges devient fine et minutieuse Certaines petites rosaces se composent de quelques 150 pièces qui peuvent tenir dans une boîte d’allumettes ! La pose s’effectue alors à l’aide de pinces spéciales aussi fines qu’une pince â épiler.

Dès que l’ensemble du panneau est composé, on colle les pièces ensemble à l’aide de plâtre et de ciment, puis l’on recouvre de mortier. Le travail est terminé. A l’endroit éclate enfin! L’harmonie colorée et l’ingénieuse structure du tracé. Le panneau va pouvoir prendre place sur un mur ou orner les parois i d’une fontaine. Toute une corporation d’artistes plus que d’artisans est récompensée de ses longues heures de patience et de minutie.
Pourtant les vrais maâlems, détenteurs des secrets de l’art du zellige font preuve de modestie, et d’humilité, qui suscite une profonde admiration.
«Le principal et unique instrument de mon travail, disait le maâlem Moulay Hafid Alaoui me vient de la nature, la terre. Nous n’existons que parce que la terre existe, parce que la terre est généreuse, parce que la terre qui nous a vu surgir nous enveloppera.»

Tapis du Maroc, Moyen Atlas et Rabat

Tapis du Maroc, Moyen Atlas et Rabat

Un tapis? La belle affaire! « Pour le plaisir des yeux, entre la gazelle, chouf un peu.» Sur le pas-de-porte de leur échoppe, les commerçants haranguent les badauds indécis. Derrière eux, des piles de tapis en provenance du Haut et du Moyen Atlas, du sud, de Rabat et de bien d’autres lieux prouvent que l’industrie du tapis se porte bien. Les touristes en raffolent et toutes les demeures, même les plus modestes, en possèdent. Convaincants, hâbleurs, durs en affaires, les marchands de tapis, dont la réputation d’habiles négociateurs n’est plus à faire, sont passés maîtres dans l’art de déballer leur marchandise et de guider leur clientèle à travers les dizaines de pièces qui sont la marque de fabrique du Maroc. Tissés, noués, rebrodés, les tapis déclinent à l’infini les dimensions, les coloris et les motifs. Alors faire un choix parmi tous ces tapis sera certainement le plus difficile. Le parcours classique: déballage, discussion, choix, revirement, négociation en trois temps, tension, puis, une fois le prix arrêté, un verre de thé à la menthe, en récompense.

Des villes et des champs

Comme pour bon nombre d’arts traditionnels au Maroc, les tapis n’échappent pas à la scission entre art citadin et art rural. Décors, formes, modèles, couleurs permettent de les rattacher à l’une ou l’autre de ces catégories. Une distinction d’importance puisque l’art rural remonte à l’époque préislamique, tandis que l’art citadin n’apparaît qu’au VIIe siècle, après l’arrivée des Arabes sur le sol marocain. La richesse de la production vient probablement de ce double apport: symbolique primitive et inventivité berbère d’un côté, raffinement et sophistication arabe de l’autre.

Cependant, mis à part les tapis de Rabat ou de Médiouna, marqués par une influence orientale certaine, les tapis du Maroc se signalent par leur belle rusticité, signe de leur origine pastorale, une extrême variété et une grande créativité. Les décors sont constitués de figures simples: losanges, rectangles, triangles, damiers et chevrons, mais aussi de bandes rectilignes ornées de motifs géométriques.

Une histoire de femmes

Destinés à la vie quotidienne et familiale, ils sont avant tout l’œuvre des femmes. D’un village à l’autre, d’une famille à l’autre, des variations sur le même thème donnent toute la richesse à ces réalisations traditionnelles dont les touristes sont devenus friands. En milieu rural, le tissage d’un tapis se fait sur plusieurs mois, lorsque les tâches essentielles du quotidien sont assurées ou que le temps le permet. Après la préparation de la laine, qu’il faut laver, blanchir, carder, peigner pour finalement la transformer en fils, la fabrication du tapis et de son décor peut être envisagée, sur un métier rudimentaire. Les instruments, archaïques, permettent le jeu croisé des trames de différentes couleurs. Chaque tisseuse propose son décor, d’où la richesse et la finesse de ces réalisations campagnardes.

La star des tapis

C’est bien le succès évident de ces tapis ruraux qui a amené le développement de coopératives et d’ateliers urbains qui proposent un vaste choix de tapis inspirés des décors typiquement berbères. Mais les goûts des touristes n’est pas celui des autochtones. En ville, les salons s’habillent de tapis moins rustiques et le tapis de Rabat, sur fond rouge vermillon, est l’un des musts en matière de décoration. D’inspiration orientale, il est la quintessence de l’art islamique et ses arabesques maîtrisées apposées au centre et aux quatre coins du tapis sont célèbres dans tout le Royaume.

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